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Devenir de la médiation équine et réglementation

Par Nicolas EMOND, équithérapeute, psychologue, formateur, Gérant associé de l’Institut de Formation en Equithérapie

A l'exception des activités physiques ou sportives, la médiation équine s'exerce aujourd'hui en dehors de cadres réglementés. Cette situation offre une grande liberté aux professionnels, mais elle pose un problème en terme de lisibilité des différentes pratiques, de protection des publics sensibles et de développement de la filière. De nombreux praticiens et futurs praticiens s'interrogent sur l'opportunité d'officialiser ou réglementer les activités de médiation équine. Quels sont les enjeux et les perspectives actuelles ?


Des activités non réglementées

Au regard de la Loi, l'équithérapie, l'Hippothérapie, la thérapie avec le cheval ou encore l'équicie sont des activités non-réglementées, ce qui signifie qu'elles peuvent être pratiquées librement et qu'aucun cadre réglementaire spécifique ne leur est applicable.

L'avantage de cette situation réside dans le fait que les professionnels peuvent choisir sans contrainte particulière les conditions dans lesquelles ils vont exercer. Tous les statuts juridiques communs sont adaptés (salariat, entreprise ou association), quel que soit le mode d'accès aux équidés (en propriété ou en location), et quelle que soit l'activité principale menée par le professionnel. Il peut ainsi choisir de considérer la médiation équine comme son métier ou comme une spécialité reliée à un autre métier principal, par exemple infirmier-équithérapeute ou psychomotricien-thérapeute avec le cheval.

De même, il n'est pas nécessaire de remplir des conditions particulières avant de pouvoir exercer la médiation équine : la Loi n'oblige pas au suivi d’une formation particulière, à l’obtention d’un diplôme ou d’un titre, à adhérer à un syndicat ou à un ordre, à se faire connaître de services de l'Etat, ou plus généralement à détenir un agrément ou une accréditation quelconque. A l'exception toutefois des activités physiques ou sportives (handisport, sport adapté et équihandi), puisqu'elles entrent dans le cadre des activités protégées par le Code du Sport et contrôlées par les Directions de la Jeunesse et des Sports.

Cette liberté est un atout en cela qu'elle autorise le développement de projets variés, originaux ou innovants puisque les activités et les praticiens n'ont pas besoin de se conformer à des cadres ou modèles préétablis.


Des appellations variées, des titres à créer

Toutefois, l'absence de réglementation amène aussi au développement des appellations, des réseaux et des « écoles ». La médiation équine devient ainsi globalement confuse et complexe aux yeux du public. Lorsqu'une institution cherche à réaliser un projet de médiation équine, elle se trouve confrontée à des définitions plus ou moins cohérentes, à plusieurs annuaires de praticiens dont les spécificités ne sont pas toujours explicites ou à des professionnels qui peuvent avoir des parcours et pratiques très divergents.

Le public a beaucoup de difficultés à comprendre en quoi un équithérapeute diffère d'un équicien ou d'un club pratiquant l'équihandi. D'autant plus lorsqu'il s'aperçoit que tous peuvent travailler au bénéfice d'un même public et qu'il y a parfois moins de différences entre deux professionnels utilisant des appellations différentes qu'entre deux professionnels utilisant la même appellation.

Sur cette question des titres employés par les réseaux, écoles, et professionnels, le public souhaite une meilleure information, une harmonisation entre les différents acteurs et des définitions plus claires et pragmatiques.

D'autre part, beaucoup de professionnels souhaiteraient pouvoir bénéficier d'un titre protégé par la Loi (sous condition de formation, de diplôme ou d'enregistrement par exemple), afin de réserver l'usage du titre (d'équithérapeute, hippothérapeute, thérapeute avec le cheval ou équicien) à des praticiens plus homogènes et par là même empêcher les professionnels ne remplissant pas certaines conditions d'exercer d'après ce titre. Les titres pourraient devenir des outils de reconnaissance statutaire et de distinction, aidant le public à mieux reconnaître les professionnels qualifiés.


Réglementer les pratiques : un risque à prendre  ?

Encadrer les pratiques par la Loi est également le souhait de beaucoup de praticiens, afin de protéger un public fragile de mauvaises pratiques ou de possibles dérives. Ce qui reviendrait à définir des cadres avec des actes autorisés et des barrières à ne pas franchir.

En délimitant ainsi les nécessités et les limites de la médiation équine, on peut en effet espérer améliorer les pratiques, rendre les formations plus pragmatiques et permettre au public de bénéficier d'une qualité de service plus homogène avec davantage de garanties. Mais on peut aussi craindre un appauvrissement de la diversité actuelle avec le développement de normes et la disparition des pratiques originales ou innovantes.


Un rapport de force politiquement défavorable

Si nous sommes nombreux à souhaiter qu'un cadre légal vienne aider, d'une façon ou d'une autre, la filière de la médiation équine à se clarifier et à se professionnaliser, nous devons aussi mesurer l'ampleur de la tâche et les risques qu'elle comporte.

Hors cadre sportif (déjà réglementé), nous sommes actuellement environ 400 professionnels de la médiation équine en activité en France et une immense partie d'entre-nous dispose déjà -de par notre formation initiale médico-sociale ou paramédicale- d'un titre protégé. D'autre part, les dérives concernant les pratiques en médiation équine (abus de faiblesse, extorsion, exercice illégal de la médecine, dérives sectaires...) sont extrêmement rares et sont déjà punissables par la Loi commune.

Nous ne constituons pas un enjeu de santé publique important qui motiverait une action gouvernementale et parlementaire. Et ce d'autant moins que notre filière est actuellement assez morcelée entre diverses fédérations, syndicats et réseaux, plus axés à développer et faire valoir leurs spécificités propres qu'à dialoguer dans l'intérêt commun et à se rassembler au-delà de clivages historiques. Nos leviers politiques sont insuffisants pour espérer obtenir à court ou moyen terme des modifications légales en notre faveur.

 

Des outils de reconnaissance déjà disponibles

Enfin nous ne pouvons pas clore ce tour d'horizon sans rappeler que les différents acteurs de la médiation équine ont déjà mis en place des outils visant à pallier le silence de la Loi.

On peut citer notamment les conditions restrictives nécessaires à l'adhésion dans certains réseaux (par exemple, les professionnels doivent justifier d'une formation, d'une expérience ou d'un diplôme avant de pouvoir apparaître dans un annuaire). L'obligation que certains organismes de formation imposent de prendre un engagement déontologique pour valider un diplôme. Ou encore des communications plus précises et plus consensuelles des différents acteurs autour des appellations et activités en médiation équine. Le tout contribuant à une amélioration constante des formations et des pratiques depuis une dizaine d'années et à ce que les professionnels qualifiés soient plus facilement identifiables et repérables pour le grand public.